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Mme Épiphanie Houmey Eklu-Koevanu, Coordonnatrice du Centre de recherche, d’Information et de Formation pour la Femme (CRIFF/GF2D) : “8% de jeunes ont leurs premiers rapports sexuels à 15 ans et 38% à 18 ans. 17,3% des jeunes filles de moins de 19 ans sont victimes de grossesses précoces..”

Mme Épiphanie Houmey Eklu-Koevanu, coordinatrice du CRIFF/GF2D
Mme Épiphanie Houmey Eklu-Koevanu, coordinatrice du CRIFF/GF2D

Les grossesses sont devenues récurrentes ces dernières années dans les écoles, établissements et Lycées du Togo. Environ “5.344 cas de grossesses précoces ont été enregistrés de 2009 à 2012”, selon une étude réalisée dans le milieu. Et la tendance semble être à la hausse. Cette situation a d’ailleurs poussé les gouvernants et certaines associations et ONG, dont le GF2D à se lancer ces derniers mois dans la bataille.
Comment se présente aujourd’hui la situation ?
Les grossesses précoces des filles, constituent de véritables menaces à leur éducation. Selon un rapport publié en 2012 sur la question, 5.344 cas de grossesses précoces ont été enregistrés  de 2009 à 2012.
La prévalence se présente comme suit par région: Savanes (514 cas), Kara (1004), Centrale (994), Plateaux (1945), Maritime (54) et le Golfe (230). D’après les résultats du dernier recensement général de la population et de l’habitat, 31% de la population togolaise est constituée d’adolescents et jeunes de la tranche d’âge de 15 à 24 ans. Et parmi ces jeunes, 8% ont leurs premiers rapports sexuels à 15 ans et 38% à 18 ans. 17,3% des jeunes filles de moins de 19 ans sont victimes de grossesses précoces.
C’est une situation qui doit alarmer dans la mesure où la plupart de ces jeunes filles ont recours à l’avortement clandestin, abandonnent les études quand elles gardent la grossesse sans bénéficier de soutien. Généralement, les parents n’ont pas les moyens pour prendre en charge la grossesse et ensuite le bébé. C’est une situation qui nous interpelle tous.

Qui sont souvent les auteurs de ces grossesses ?
Les auteurs des grossesses précoces des filles sont de plusieurs catégories. Il s’agit notamment des enseignants, des camarades garçons ou étudiants, des membres de la famille et des hommes ayant une assise financière (dans le cadre de relations intergénérationnelles). Parfois ces grossesses sont des conséquences de violences sexuelles (viol, inceste, mariage précoce, harcèlement, rapt et enlèvement).
La plupart de ces personnes n’épousent pas ces filles, qui se retrouvent finalement sans éducation avec un bébé.

Comment expliquez-vous ce phénomène ?
C’est très préoccupant pour rapport au développement de la société humaine et particulièrement au développement du Togo. Comme on dit le souvent éduquer une femme c’est  éduquer une nation. À contrario, une femme non éduquée, c’est plusieurs générations sans éducation. Plusieurs facteurs expliquent l’ampleur du phénomène.
Il y a d’abord la faiblesse de l’éducation et l’information insuffisante en la matière. En effet, compte tenu des tabous qui entourent la sexualité dans nos traditions, la question du planning familial est très peu ou pas du tout abordée par les parents afin de mettre en confiance ces jeunes. Par manque de connaissances sur la sexualité, ils n’osent pas réclamer de contraceptifs ou demander à leur partenaire d’utiliser des moyens de contraception pour les protéger d’une grossesse.
Ensuite, avec la mondialisation, le développement des technologies de l’information et de la communication, on assiste à la perte des valeurs traditionnelles positives, notamment garder sa virginité jusqu’au mariage, avoir un seul partenaire… Il  y a un suivisme outrancier chez les jeunes filles et garçons qui veulent expérimenter tout ce qui se passe dans les films diffusés sur nos médias, voire des vidéos pornographiques postées sur internet.
Par ailleurs,  Il y a également le contexte socio-économique très difficile : la misère, la pauvreté. Les jeunes filles se laissent aller à des relations intergénérationnelles qui leur causent malheureusement   plus de préjudice que de  les aider. Mais, nous ne devons pas nous réfugier derrière ce facteur. Non et non. D’où la nécessité de renforcer l’estime de soi chez les jeunes filles.

Alors que faut-il faire pour arrêter “l’hémorragie”?
L’ampleur du phénomène de grossesse précoce est telle qu’il faut des réponses multiformes urgentes. Les parents et les tuteurs sont appelés à discuter avec leurs enfants, afin de leur donner la bonne information sur la sexualité. Les filles et les garçons sont à prendre en compte, car ce sont ces derniers qui sont les auteurs des grossesses. La sexualité ne doit plus constituer un sujet tabou au sein de la famille. Nous devons aussi adapter notre façon d’éducation à l’évolution de la société dans laquelle nous vivons actuellement. Nous ne devons plus nous limiter au discours de l’abstinence et   pouvoir dire clairement à la jeune fille  et au jeune homme ce qu’ils doivent faire pour éviter la grossesse.
L’éducation sexuelle doit être intégrée dans les curricula de formation, il faut des infirmeries dans les établissements et rendre disponibles les informations sur les méthodes contraceptives.
Il urge de proposer une alternative salutaire aux filles se trouvant en conditions difficiles, afin de leur permettre de continuer leurs études sans tomber dans ce piège de grossesse précoce. Des programmes de promotion de la culture de l’excellence et de l’entrepreneuriat doivent être maximisés chez les jeunes filles en milieux urbain et rural.
S’agissant des violences causes de ce phénomène, il faut davantage d’actions de prise de conscience,  et de poursuite contre les auteurs quel que soit leur statut. En somme, pour arriver à combattre efficacement le phénomène, tous les acteurs concernés: gouvernement, partenaires en développement et Ongs devront agir en synergie dans une approche holistique prenant en charge le phénomène dans tous ses aspects.

Votre message à l’endroit des jeunes filles, et des hommes …?
Aujourd’hui, l’éducation et la formation sont la clé de la réussite. Les filles doivent se protéger contre ce phénomène afin d’avoir un cursus normal, être bien formée pour avoir une place de choix dans la société actuelle de plus en plus exigeant.  Avec toutes les méthodes disponibles, il est dommage de voir les filles devant abandonner les études pour cause de grossesse précoce.
J’invite mes jeunes sœurs qui se retrouvent dans ces situations de grossesse précoce  de ne pas perdre espoir mais de s’accrocher à leur avenir qui est leurs études. Les hommes auteurs et leurs familles ont l’obligation morale de les soutenir.
De façon générale, le gouvernement, les Ongs doivent agir davantage pour mettre en place, des programmes de prévention efficaces de grossesses précoces, mais également de programmes d’accompagnement de ces jeunes filles victimes et leurs enfants pour qu’elles ne deviennent pas des charges lourdes pour la société.
Les médias sont aussi invités à travailler davantage sur le sujet : mener des enquêtes, publier des données et apporter des informations éducatives à la population.

Interview réalisé par LEMEDIUM

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