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LUCARNE: 7 QUESTIONS à Edem Kodjo, Président de la Fondation PAX AFRICANA

Edem Kodjo
Edem Kodjo

«Je nourris pour l’Afrique l’ambition de devenir un poids lourd dans le monde … »

Alors que l’Union Africaine (UA), hier Organisation de l’Unité Africaine (OUA) célèbre ses cinquante années d’existence et que certains pays d’Afrique dont le Togo sont en proie à des soubresauts d’ordre social et politique, Focus Infos a tendu son micro à une personnalité incontournable de la sphère politique africaine et togolaise. Lui, c’est Edem Kodjo, ancien secrétaire général de l’OUA, Premier Ministre du Togo, écrivain et panafricaniste convaincu. Il dirige aujourd’hui la Fondation Pax Africana qui œuvre pour la paix et la résolution des conflits sur le continent. Edem Kodjo a, sans langue de bois, répondu aux questions touchant à l’actualité dans son pays, sur le continent et sa dernière publication « Panafricanisme et Renaissance».

 Vous présidez une Fondation, «Pax Africana», qui œuvre pour le développement de l’Afrique par la recherche de la paix dans les différents Etats. Quelles sont ses plus grandes réussites, à ce jour ?

En mes qualités d’ancien président de l’Organisation de l’Unité Africaine, d’ancien Premier Ministre du Togo et de président de Pax Africana, nous avons entrepris des actions qui ont été assez efficaces notamment dans la crise politique en Guinée.

PAX AFRICANA a eu à jouer un rôle majeur dans la crise politique en Guinée. A un moment où il n’y avait plus du tout de contact entre l’opposition et le président Alpha Condé, mon séjour à la demande de la CEDEAO avait contribué en ce moment là, à rapprocher les parties en présence et l’espoir était revenu. Mais je suis loin d’être satisfait car il y a d’autres conflits dans lesquels nous aurions pu être impliqué ne serait-ce que comme médiateur, ce n’est pas toujours le cas, mais je pense qu’il n’y a pas de quoi désespérer.

Ensuite Pax Africana s’est attelé ici même à Lomé dans l’organisation de colloques qui ont réuni des sommités africaines. Le dernier notamment a porté sur le fédéralisme comme ferment de ce panafricanisme et de cette recherche de l’unité africaine que nous poursuivons et qui a été le sujet essentiel du dernier sommet consacré par les Chefs d’Etats et de gouvernements au cinquantenaire de notre organisation.    

 L’Union Africaine a célébré ses 50 ans d’existence en mois de mai 2013. Quel bilan peut-on faire de ces cinq décennies d’existence de l’OUA devenue UA?

L’Organisation de l’Unité Africaine avait pour mission première de s’assurer que l’ensemble des peuples d’Afrique qui était sous les fers du colonialisme soit libéré. Cela a été le cas puisque de 30 Etats signataires de l’accord portant création de l’organisation de l’OUA en 1963, on est passé à 54 Etats. Ce qui veut dire que les pays sous le joug colonial ont été tous libérés. Aujourd’hui certains parlent de quelques ilots mais l’ensemble du Continent est libéré. Donc c’est un actif pour l’Organisation de l’Unité Africaine. Deuxième actif, les problèmes liés aux Droits des individus ont été réglés par la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des peuples adoptés en 1981 au Sommet de Nairobi et conforté par la charte qui est aujourd’hui en vigueur qui est la Charte sur la Démocratie, les Elections et la Gouvernance qui est un élément normatif très important et qui est à mettre au crédit de l’organisation dite Union Africaine. Il y a l’architecture de la paix et de la sécurité qui n’existait pas en tant que telle du temps de l’OUA et qui a été structurée sous l’UA ce qui permet aujourd’hui de suivre la genèse des différents conflits qui peuvent surgir sur le continent ainsi que leur maîtrise éventuelle. Cette architecture a été complétée par l’adoption de façon ferme lors du dernier sommet du principe de la création d’une force d’intervention rapide qui permettrait à l’Afrique d’être plus efficace compte tenu des expériences que nous venons de vivre, notamment celle du Mali où il a fallu l’intervention d’une force d’un pays étranger pour régler définitivement une question qui était la nôtre mais qu’on considérait en tournant autour du pot et en perdant énormément de temps. Il y a donc eu tous ces éléments positifs. Même sur le plan économique, il y a eu des éléments positifs qui ont, à travers le plan d’actions de Lagos, abouti, à la création des communautés économiques régionales sur le continent africain couvrant les 5 régions définies par l’UA permettant ainsi d’aller de l’avant. Le cas le plus typique, pour nous autres de cette partie du continent, c’est la création en 1975 de la CEDEAO qui aujourd’hui a 38 ans et qui constitue un cadre qu’il faudrait perfectionner, qu’il faudrait structurer davantage pour lui permettre de jouer un rôle plus profond dans le vécu quotidien des populations.

 Au vu des nombreuses prises de position liées à la question de la souveraineté, pensez-vous que les Etats africains puissent arriver un jour à renoncer à une partie de cette souveraineté au profit de l’Unité Africaine?

Ils y vont peu à peu, ce n’est pas très palpable mais il y a des domaines de coopération dans lesquels les Etats ont peu ou prou au sein des communautés économiques régionales ou au sein même de la grande communauté de l’UA, accepté qu’on rabote un peu leur souveraineté nationale. A mon avis, cette souveraineté est illusoire, s’y accrocher définitivement est une erreur qui ne tient pas compte de l’évolution de l’histoire, qui ne tient pas compte des leçons que l’histoire nous a apprises. Nous sommes des Etat jeunes, en Afrique, les Etats qui ont plus de 100 ans se comptent sur le bout des doigts d’une main. Cette infinie jeunesse nous donne la grande opportunité de faire davantage de fédéralisme que ne saurait le faire les Etats anciens meurtris par des guerres successives, blanchis sous le harnais, des pays comme les pays européens dont l’histoire est celle des guerres qui ont culminé avec les deux guerres mondiales avec toutes les dérives qui en ont résulté. Donc je crois que c’est un tort chez nous de nous agripper à une souveraineté. Les problèmes qui se posent aujourd’hui dépassent les souverainetés nationales. Tous les problèmes liés à l’environnement, au développement économique dépassent ces petites souverainetés que nous agitons constamment. L’histoire va dans le sens de la constitution de plus grandes zones, de plus grandes fédérations et je crois que c’est ceuxqui vont dans ce sens qui ont raison et ceux qui s’agrippent à la situation actuelle qui ont tort.

 

L’Afrique est un continent pauvre assis sur des richesses à perte de vue. Mais le continent noir entame difficilement son développement. Qu’est-ce qui peut selon vous expliquer ce paradoxe?

Ce paradoxe réside dans le fait que les Africains ne se sont pas donnés tous les moyens pour exploiter leurs richesses. Les moyens pour explorer et exploiter les richesses ne se limitent pas seulement à la technique, à la technologie, à l’argent et à la ressource qui est abondante chez nous. Aujourd’hui les africains compétents sont très nombreux dans tous les domaines de la science et de la technique mais nous n’utilisons pas tout cela comme il faut et nous ne présentons pas des espaces valides qui permettraient la rentabilisation et de la ressources humaines et des ressources minières que nous avons. Donc on revient toujours au problème de l’espace économique, certes il y a des pays qui se sont développés en étant des petits ilots à l’instar de Singapour et autres mais moi l’ambition que je nourris pour l’Afrique n’est pas l’ambition de devenir Taïwan, ni Singapour, ni Hong-Kong. Je nourris pour l’Afrique l’ambition de devenir un poids lourd dans le monde et pour cela, il faut être économiquement puissant. Pour être économiquement puissant, il faut pouvoir mettre en marche et en exploitation toutes ses immenses richesses que nous avons et nous ne pouvons le faire que dans des espaces économiques plus importants d’où le problème de l’unification territoriale de notre continent.

 Vous venez de commettre aux Editions «Graines de Pensées», votre septième ouvrage «Panafricanisme et Renaissance». Pourquoi estimez-vous dans ce livre entretien « qu’il n’y a pas d’avenir pour l’Afrique sans le panafricanisme et sans renaissance sans resourcement dans ce panafricanisme?

C’est ce que j’explique constamment. Il n’y pas d’avenir pour l’Afrique sans panafricanisme. Je ne crois pas que l’Afrique puisse continuer ainsi à essayer de relever au niveau de 54 Etats des défis qui sont parfois mondiaux, parfois supra nationaux. En exemple, le terrorisme qui est l’un des défis auquels la structure étatique n’est pas prête à faire face toute seule. Il faut faire une réflexion approfondie et se rendre compte que les problèmes qui se posent aujourd’hui à la plupart des Etats sont des problèmes qui s’assimilent à des défis supra nationaux et à des défis mondiaux. Il faut pour les contrer, se mettre ensemble. Et se mettre ensemble, c’est essayer de fédérer nos Etats, c’est créer des fédérations et peut-être un jour, créer un Etat fédéral africain. Pour aujourd’hui, bien que le panafricaniste soit incontournable, je ne pense pas que nous puissions arriver facilement à avoir un seul Etat fédéral africain sur tout le continent. Par contre, je suis absolument convaincu qu’on peut avoir cinq fédérations permettant aux Etats d’avoir davantage de muscles, d’avoir une possibilité de développement plus affirmée et une possibilité de présence sur le monde plus affirmée.

 A quelle fin adressez-vous tout particulièrement le message essentiel de cet ouvrage à la jeunesse du continent noir ?

C’est tout à fait normal que je m’adresse à la jeunesse. C’est elle qui va porter tout ça, c’est elle qui va porter ces idéaux. Je pense que nous, nous ne pouvons que ranimer constamment la flamme mais nous devons passer le témoin à la jeunesse africaine, c’est elle qui construira l’Afrique de 2063, c’est elle qui construira l’Afrique de 2100 et j’estime qu’avant cette date l’Afrique doit pouvoir s’affirmer davantage dans le monde.

 Au-delà de la célébration du 50ème anniversaire de l’UA qui vous a inspiré cet ouvrage, qu’est-ce qui bâtit son originalité dans votre bibliographie?

Son originalité, c’est de mettre à jour des idées déjà contenues dans «Et demain l’Afrique» en particulier qui demeure l’ouvrage phare d’Edem Kodjo et de mettre cela à la portée de tout le monde. «Et demain l’Afrique» est l’ouvrage essentiel dont on me parle partout où je voyage en Afrique francophone notamment. Je rencontre toujours quelqu’un qui me dit «j’ai lu votre livre quand j’étais à la fac ou tel niveau de mes études». Mais c’est un livre savant, un livre truffé de références historiques et de considérations géopolitiques et géostratégiques. C’est un livre qui, à la limite, n’est pas à la portée de n’importe qui. Par contre, le dernier ouvrage à cet avantage que c’est un livre-interview de journalistes qui posent des questions et qui me font répondre dans un langage très clair et très simple pour tout le monde. Ne serait-ce que cela, est déjà important et donne à l’ouvrage sa spécificité qui est la sienne propre.

Source :Focus Infos

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