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LA DESILLUSION DU PRESIDENT DU NET : Le blues de Gerry Taama

Il n’est pas le premier et il ne sera pas le dernier à perdre la foi en l’opposition togolaise. Ils sont nombreux, ces togolais, amoureux de leur pays et qui lui voulaient un avenir radieux. Beaucoup, à leur corps défendant ont pensé s’engager dans l’opposition togolaise pour apporter leur pierre à l’édification de la nation togolaise. Tout comme le président du NET, il se sentait jeune, vigoureux, plein d’entrain et d’idée novatrice. Mais hélas ! Voici in extenso, l’un des derniers postes de Gerry Taama sur facebook.
”Après mon BAC, à 20 ans, j’ai coupé les ponts avec ma famille et vécu à Lomé de menus boulots, tout en poursuivant mes études, je n’ai jamais perdu la foi. A 22 ans, par esprit d’aventure, j’ai fait une traversée Lomé-Siou à vélo, en deux jours et demi, en dormant dans des écoles, je n’ai jamais perdu la foi
A 24 ans, j’ai intégré saint-Cyr. La formation était dure, dans un univers pas forcément ouvert aux étrangers, je n’ai jamais perdu la foi En 2003, j’ai été engagé dans la crise ivoirienne, je suis allé au feu, des conards m’ont tiré dessus, j’en ai pas descendu, mais je les aurai eu dans la ligne de mire que je n’aurai pas hésité, je n’ai jamais perdu la foi.
En 2008, j’ai démissionné de l’armée. Ça été dur, j’ai été mis aux arrêts de forteresses, au camp des bérets rouge à Kara, je n’ai jamais perdu la foi
Depuis, je suis engagé dans la vie civile, qui est encore plus dure et j’ai pris des coups. Depuis que je me suis engagé en politique aux côtés de l’opposition, j’ai presque tout perdu, mais jamais je n’ai perdu la foi. Depuis deux mois, nous (opposition) sommes entrés en conclave, et pour la première fois, et j’ai perdu la foi. Que Dieu ait pitié des Togolais.”

Oui, que Dieu ait pitié, pas du peuple togolais, mais plutôt des hommes politiques de l’opposition.
L’histoire de l’opposition togolaise, depuis 1990 et même bien avant est ainsi faite. Si l’on doit compter les déçus de l’opposition, le nombre serait plus important que celui des militants et sympathisants. D’ailleurs, ceux qui ont encore de la sympathie pour ces messieurs de l’opposition peuvent se compter sur les 5 doigts de la main.
Le post de Gerry Taama sur un réseau social vient nous rappeler que des Togolais de bonnes volontés sont aussi passés par là. Mais contrairement au président, ces derniers se sont murés dans un silence de tombeaux, rongeant dans le noir, leur déception.
La question fondamentale qu’on doit se poser est celle de savoir pourquoi, certains esprits brillants de ce petit rectangle de terre, ayant de nobles ambitions pour leur pays en arrivent là. La question mérite d’être posée car le phénomène, nous l’avions souligné, n’est pas nouveau, mais devient de plus en plus fréquent. Est-ce un problème de personne ou de vision politique ou encore des deux ?
La réflexion peut se mener sur tous ces aspects mais il apparait que leur conjugaison expliquerait mieux la perte de la foi en la politique togolaise de ceux qui ont fait un jour, le choix légitime de franchir le pas et de se mettre aux côtés de ceux qui disaient ” incarner l’aspiration du peuple”.
Le seul hic, c’est qu’il n’y a pas de place pour eux dans l’opposition. L’opposition est une chasse gardée de certains qui en ont fait d’ailleurs un fonds de commerce qui, avouons-le, leur réussit très bien. Alors, il ne faudrait pas que certains viennent ” mettre du sable dans leur Gombo”. Ce sont les mêmes qui sont sur la scène de l’opposition depuis bientôt un quart de siècle. En 2015, les Jean-Pierre Fabre, Patrick Lawson, Isabelle Améganvi, Me Dodzi Apévon, etc. auront bouclé 25 ans dans l’opposition. Un record dans la sous-région ouest africaine où les opposants d’hier sont tous au pouvoir (presque). Mali, Guinée, Bénin, Niger, Sénégal, Côte d’ivoire. Au Togo, ils y sont toujours.
La dernière mésaventure de Gabriel Agbéyomé Kodjo au sein du Collectif Sauvons le Togo (CST) nous confirme que l’opposition togolaise est une forteresse où ce ne sont que certaines idées et certaines attitudes qui ont droit de cité. Il a dû perdre sa foi aussi, mais ne l’a pas dit. Quand on fait partie de l’opposition togolaise, on a de rêve que celui porté par ceux qui en possèdent le titre foncier. Autrement, vous perdrez votre identité, vos amis, vos convictions et…votre foi. Le malheureux Dahuku Péré, l’apprenti chrétien a dû perdre sa foi, lui aussi. On peut bien continuer par dresser la liste.
Bientôt, ceux qui ont perdu la foi, mais qui restent muets et continuent de faire semblant au sein de l’opposition feront aussi leur ”coming out”. Ce n’est qu’une question de temps.
Koudjoukalou

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