Jean-Paul Agboh Ahouélété, nouveau président du CONAPP : “Le pari d’une presse plurielle, diverse, libre, professionnelle et prospère est tenable”

Jean Paul AGboh-Ahouélété, nouveau président du CONAPP

Jean Paul Agboh-Ahouélété, nouveau président du CONAPP

Le nouveau bureau du Conseil National des Patrons de Presse du Togo (CONAPP) a été élu vendredi dernier lors d’une Assemblée générale, structure présidée par Jean-Paul Agboh Ahouélété, Directeur de publication du Bimensuel ”Focus Infos”. Ce dernier succède à Jacques Djakouti.
Dans une interview exclusive, M. Agboh Ahouélété revient sur l’historique du CONAPP, sa composition et ses objectifs. Il dévoile les premiers défis du nouveau bureau élu et appelle l’ensemble des professionnels des médias du Togo à “l’unité et à la cohésion”. Selon lui, “le pari d’une presse plurielle, diverse, libre, professionnelle et prospère est tenable”.

Vous avez été élu à la tête du Conseil National des Patrons de Presse du Togo (CONAPP) vendredi lors d’une Assemblée générale. Parlez-nous brièvement du Conseil (sa naissance, sa composition et ses objectifs).
La libéralisation de la presse dans le contexte du processus démocratique amorcé par le Togo dans les années 90, s’est matérialisée par une floraison de titres d’inégales audiences et une pluralité d’opinions. Mais également, un peu plus tard, par l’éclosion de médias audiovisuels privés. Pour faire face aux défis qui étaient les leurs, ces organes se regroupaient selon leurs affinités éditoriales et on dénombrait globalement au début des années 2000, quatre organisations représentatives des dirigeants de médias. Après avoir fait le constat que seule une organisation unique, forte et cohérente pouvait valablement aider au développement d’un environnement réglementaire et économique favorables aux entreprises de presse, ces organisations décidèrent de fusionner en une seule.
C’est ainsi qu’en 2007, sur l’initiative d’Augustin Améga, actuel Directeur de publication de l’hebdomadaire Canard Indépendant et avec le soutien de l’UNESCO ( Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture, le CTEP (Conseil Togolais des Editeurs de Presse (CTEP), l’Association Togolaise des Patrons de Presse (ATOPAP), l’Organisation des Editeurs de Presse Indépendante ( OREPI) et l’Union des Radios et Télévisions (URATEL), disparaîtront au profit du CONAPP (Conseil National des Patrons de Presse).
Celui-ci a pour vocation de réunir l’ensemble des dirigeants d’organes et d’entreprises de presse sur toute l’étendue du territoire, venus aussi bien de l’audiovisuel que de la presse écrite ou en ligne. Comme pour toute organisation professionnelle, le CONAPP a pour but la défense des intérêts de ses membres. Plus spécifiquement, il s’agit de contribuer à la préservation et au renforcement du cadre législatif et réglementaire libéral de notre profession ; mais également de mener des actions et plaidoyers en vue de créer les conditions d’un environnement économique et social permettant à nos entreprises d’être prospères et performantes.

Quels sont les premiers défis du bureau que vous présidez ?
Le premier défi me semble t-il, sera le combat pour un retour à l’unité et à la cohésion de l’ensemble de la corporation. En effet, deux nouvelles organisations patronales se sont créées depuis quelques mois avec peu ou prou, les mêmes objectifs et des membres issus du CONAPP. Il s’agira pour le nouveau bureau, à travers une série d’échanges, de créer les conditions d’un retour à l’unité. Mais à très court terme d’envisager avec celles-ci, le cas échéant, une synergie d’actions. Car, ne nous y trompons pas, c’est unis que nous pourrions faire face aux multiples enjeux qui se posent à la presse.
Ensuite, il nous faut prendre à bras le corps la question d’une meilleure structuration des entreprises de presse, afin que l’informel ne soit plus la règle. Atteindre cet objectif permettra aux organes de s’insérer davantage dans le tissu socio-économique.
Le nouveau bureau s’investira également pour créer un environnement économique propice à la rentabilité des organes. Cela passe par exemple par des plaidoyers en vue de la mise en œuvre par l’Etat, des dispositions du Code de la Presse, notamment son article 5, relatif aux avantages d’ordre économique et financier qui peuvent se présenter sous forme d’aides au moyen de tarifs préférentiels ou de détaxe en matière de téléphone, de télécopie, de courrier, de transport etc. Ou encore de l’application effective de l’Accord de Florence et du Protocole de Nairobi, destinés à faciliter l’importation d’objets de caractère éducatif, scientifique ou culturel, en réduisant les obstacles en matière de tarifs, de taxes etc. La revue à la hausse de l’aide de l’Etat à la presse devrait participer aussi de ce combat.
Nous sommes par ailleurs convaincus qu’une  presse prospère, crédible, libre  et respectée passe nécessairement par davantage de professionnalisation, dont la formation est la principale mamelle. Le bureau élu s’y attellera.

Les états généraux de la presse sont annoncés pour mai ou juin prochain. Quel est le rôle du CONAPP dans l’organisation de ces assises ?
Le gouvernement a annoncé pour le mois de mai ou juin, la tenue des états généraux. Mais au stade actuel, il s’agit non de l’étape d’organisation, mais plutôt des travaux préparatoires. En effet, un comité dit ‘’scientifique’’ a été mis en place pour “mâcher le travail” avant qu’une commission d’organisation ne soit mise en place.
Dès de notre élection, nous  nous sommes approchés des membres de ce comité, notamment le confrère Augustin Améga et le vice-doyen de la faculté de droit de l’Université de Lomé, le Pr Dodji Kokoroko. Ils m’ont assuré travailler avec les autres en vue de proposer à la future commission d’organisation, des éléments basiques facilitant leur propre mission et créant les conditions d’une assise réussie.

Le Patronat de la Presse Togolaise (PPT) a dénoncé mercredi dernier, les conditions dans lesquelles se préparent ces états généraux. Le PPT “redoute un artifice visant à faire endosser à l’ensemble des professionnels des médias des conclusions préfabriquées”. Qu’en dites-vous ?
Je peux comprendre des inquiétudes ça et là, puisqu’à ce stade, les confrères n’appréhendent pas encore ni la forme, ni le contenu des assises à venir. Pour ma part, je souhaite ne pas faire des procès d’intention tout en restant vigilant sur les recommandations du comité technique qui, soit dit en passant, est tout de même composé de personnes dont l’expertise ne saurait être remise en cause. Ceci étant, il faut aussi préciser que les états généraux sont par essence inclusifs et donc exclusifs d’un schéma vertical, où les solutions seront imposées d’en haut. Au contraire, les décisions et les conclusions qui en sortiront ne pourront être que l’œuvre des acteurs de la corporation à l’issue de débats et d’échanges. Il n’y a donc pas de ce point de vue, d’inquiétude à avoir.

Quel message avez-vous à l’endroit de tous les professionnels des médias exerçant sur l’ensemble du pays ?
Un appel à l’unité et à la cohésion. Je voudrais leur dire que le nouveau bureau place son mandat sous une gouvernance participative et inclusive. C’est pour cela que très rapidement, nous allons organiser des rencontres afin d’identifier ensemble avec  tous les professionnels des médias, leurs attentes et réfléchir à une sorte de plateforme commune minima pour les assises à venir.
Le pari d’une presse plurielle, diverse, libre, professionnelle et prospère est tenable. Je voudrais les engager à le réussir ensemble, en nous accompagnant avec détermination mais vigilance, au cours de notre mandat.
 Source : Savoir News