Pierre Claver Akolly DEKPOH : ” … Les populations sont utilisées comme un bétail politique par certaines ODDH pour servir des causes inavouées … “

Directeur Exécutif de  l’organisation de défense des droits de l’homme Chrétien, Citoyenneté, Droits et Devoirs, ancien Président de l’ACAT TOGO, ancien membre de la Synergie des ODDH et du CST, Pierre Claver Akolly Dékpoh a bien accepté s’ouvrir au journal LE MEDIUM. Décryptages des ODDH.
Pierre Claver Akolly  Dékpoh bonjour, Quel est le rôle exact des ODDH  dans un pays ?
Permettez- moi de ne pas rentrer dans des définitions académiques qui nous avancent en rien en ce qui concerne le rôle des ODDH dans un pays. Pour moi, Etant une émanation de la société civile, les ODDH  sont des regroupements apolitiques d’hommes et de femmes dont le but est d’agir pour le bien être des populations sans l’influence administrative ou financière  des partis politiques et des gouvernants.
Ceci dit  les ODDH ont pour objectif principal de promouvoir et de protéger les droits de l’homme. Leur travail est cadré par les principes universels des droits de l’homme qui sont l’universalité, l’inaliénabilité, indivisibilité et l’inter dépendance. Dans l’ordre de ces principes là, c’est pour obtenir, promouvoir et consolider l’égalité, liberté, la justice et la paix entre les êtres humains sans aucune distinction.

Quelle est la face que présente le milieu des organisations de défenses des droits de l’homme ?
La situation des ODDH de notre pays me laisse perplexe. La situation est réellement triste parce qu’on assiste de plus en plus à la politisation des Organisations de la société civile et surtout des ODDH. La plupart  sont sous l’emprise des politiciens de tous bords.
Ces derniers temps, ce qu’on peut qualifier de phénomène des ODDH proches de l’opposition, prend de l’ampleur. Normalement, le devoir d’une organisation de la société civile et partant des ODDH est d’accompagner l’Etat afin que ce dernier puisse réaliser les objectifs des Droits humains dans une parfaite et franche collaboration.
Il est normal qu’une ODDH ne soit pas d’accord avec un gouvernement puisque le défenseur de droit de l’homme joue un double rôle. Celui de veille quant au respect des principes par les gouvernants  et d’éveil  des populations à travers les sensibilisations et la conscientisation. Mais aujourd’hui, nous constatons que les populations sont utilisées comme ” un bétail politique” par certains ODDH  pour servir des causes inavouées.
Dans le rôle de veille, l’ODDH a le droit de critiquer objectivement le gouvernement ou le pouvoir mais aussi faire des propositions concrètes car il ne s’agit pas seulement de faire des critiques.
Aujourd’hui, nous voyons des ODDH s’associer avec des politiciens pour cheminer ensemble, ce n’est pas normal. Quand nous étions membres d’ACAT TOGO, nous avions aussi été tentés  de faire pareil.
Heureusement que nous nous sommes ressaisis rapidement. Nous n’avions pas été compris, mais nous estimons avoir fait notre devoir envers le peuple. Ayant l’arme du plaidoyer, nous disons qu’on n’a besoin d’écumer les rues pour obtenir ce que nous voulons des dirigeants de ce pays.

Que faire alors si les revendications politiques du parti, rejoignent celles d’une ODDH ?
D’abord, j’aimerais dire qu’il est normal les ODDH puissent aller sur le terrain politique dans la mesure où nous avons le devoir d’agir dans le cadre des droits civils et politiques. D’ailleurs en matière des Droits de l’homme, la composante ” droits civils et politiques” constitue la première catégorie de droits humains.
Donc nous avons le droit d’agir sur ces plans. Mais quel est notre plus value en s’associant aux opposants politiciens qui eux-mêmes, une fois au pouvoir, vont fouler aux pieds les droits et bafouer ses principes ? C’est possible que nous ayons des idées à défendre qui intéresseraient  les politiciens. Mais alors, c’est à eux de se rallier à notre cause. Se marier avec les opposants pour faire front contre un  gouvernement, c’est quand même très délicat surtout dans notre contexte togolais.
Nous avions été membres fondateurs de la Synergie des ODDH qui nous a permis d’avoir quelques résultats probants dans l’affaire d’atteinte à la sécurité de l’Etat. A un moment de notre parcours, la Synergie des ODDH s’est trop accoquinée avec une partie de l’opposition togolaise. Ça nous a causé beaucoup de tort. Il est temps qu’on se ressaisisse et que les ODDH reviennent dans le droit chemin.
Aujourd’hui, le travail des ODDH est dévalué et nous, acteurs de défense des droits humains, avons perdu  beaucoup de notre crédibilité.

Des OSC et ODDH appellent à l’arrêt du processus électoral dans notre pays ?
Permettez-moi de poser cette question. Une organisation des Droits de l’Homme peut-elle organiser ou participer à une élection ? Apparemment, non. Parce qu’une organisation de défense des droits de l’homme ne peut pas organiser une élection et donc, ne peut l’arrêter ou la suspendre.
Une ODDH peut faire des propositions au gouvernement. Nous autres aussi, en notre temps, avions tiré sur la sonnette d’alarme en considérant le climat socio-politique dans le pays, vu les tensions. Il fallait que les politiciens eux-mêmes se retrouvent pour trouver des solutions. Ce ne sont pas les défenseurs des droits de l’homme qui vont briguer un mandat.
Tant que le gouvernement continue dans sa lancée et que les ténors de l’opposition même  déposent leur candidature, qu’est ce que les ODDH ont à dire ? Est-ce que c’est du ressort des ODDH d’appeler à l’arrêt du processus ? Humblement, nous ne le pensons pas.  En ce qui me concerne, avec tout ceux que j’ai eu à apprendre  en matière des droits de l’homme, il ne s’agit pas pour les défenseurs des droits de l’homme à ce qu’on sursoie le processus électoral, mais il demande plutôt au gouvernement de préparer une élection sans violence.

Ailleurs, des OSC et ODDH se sont jointes aux politiciens pour des revendications politiques d’envergure ayant abouti même au changement de régime.
Les gens donnent l’impression que ce qui s’est passé au Burkina Faso peut se faire aussi au Togo. On a l’impression que ce qui est arrivé au Sénégal peut se produire au Togo. Mais l’on se trompe lourdement car les réalités ne sont pas les mêmes. Elles sont bien différentes. Pour ne pas perdre notre crédibilité, il ne faudrait baigner dans l’illusion.
Ce qui me fait mal en ce moment c’est que les ODDH ont quitté leur travail, celui de sensibiliser la population, faire en sorte que le togolais comprenne ses droits, comprenne ce qu’est les Droits de l’homme afin que la population puisse se prendre en charge. Mais Hélas !

Certains leaders ne se servent-ils pas de leur organisation pour des fins personnelles ?
Mais oui et ils sont légions, vous les connaissez et tout le monde les connait. La lutte pour la promotion et la défense des droits de l’homme aujourd’hui est semblable à un marché où certains viennent pour vendre, d’autres pour acheter ou encore certains  qui ressemble à de simples touristes. Un groupe peut être même qualifié de ”voleurs”. Allez y comprendre quelque chose.

Il faut reconnaitre qu’il y des ODDH qui font le travail de manière objective. Mais beaucoup ont été crée pour servir de tremplin à leur fondateur pour des visés purement politiques. Ca réussit très bien à certains mais jusqu’à quand ?
Aujourd’hui, un nombre d’ODDH se battent pour ouvrir les yeux à la population pour qu’elle comprenne car le jour où les populations de notre pays commenceront par comprendre, eh bien, ce sera la fin de ces aventuriers qui ne pensent qu’à eux.
Il est criminel qu’on se serve impunément de cette population désemparée pour assouvir des désirs inavoués. Notre expérience dans la synergie des ODDH et le CST nous prouve à suffisance que certains de nos amis ne roulent que pour eux-mêmes et pour les politiciens. C’est dommage. Dans tous les cas, nous avons choisi d’être des défenseurs des droits de l’homme et nous entendons le rester.
Pour les ODDH du Togo, Il faut revenir aux fondamentaux, c’est-à-dire, l’impartialité, la neutralité, l’indépendance. Il y a de nos jours, une amalgame entre les actions de défenses des droits humains et les actions politiques. Il nous revient alors de faire la part des choses.
Propos recueillis par Ali SAMBA