LES ENJEUX DU SOMMET DE YAOUNDE

Le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Afrique centrale et de l’Afrique de l’Ouest, qui s’est ouvert le lundi 24 à Yaoundé, a permis de mesurer la volonté de cette partie du continent de lutter résolument pour assurer la sûreté et la sécurité maritimes dans le golfe de Guinée.
Dans le discours qu’il a prononcé à l’ouverture de ce sommet à multiples enjeux, le chef de l’Etat de Côte d’Ivoire et président en exercice de la CEDEAO a décrit la situation particulièrement alarmante du golfe de Guinée, en mettant l’accent sur les richesses de toutes sortes qu’il recèle et qui en font une zone offrant de réelles perspectives de développement pour la région Afrique.
Paradoxalement, ce sont ces nombreuses potentialités qui semblent constituer le malheur de la sous-région du golfe, car attirant des pirates des temps modernes, ces dangereux individus sans foi ni loi que leurs nombreuses victimes ne cessent de dénoncer depuis quelques années du fait de leurs agissements multiformes.
Pour M. Alassane Ouattara, la criminalité qui se développe en mer menace le transport des hydrocarbures, limite les investissements et pousse à la hausse les primes d’assurance, d’où l’impérieuse nécessité, a-t-il souligné, d’accroître la coopération entre tous les pays concernés. Il a également requis à l’égard des pirates sévissant dans le golfe de Guinée la même fermeté qu’envers ceux de l’océan Indien.
En quatre ans, en effet, il a été enregistré un total de 197 attaques, dont 46 en 2009, 38 en 2010, 53 en 2011 et 60 en 2012. Le Nigéria arrive en tête avec 45% desdites attaques, suivi du Togo (25%), de la Côte d’Ivoire (8%), de la Guinée-Bissau (5%), de la Gambie et de la RD Congo (3%), enfin du Cameroun et de la Sierra Leone (2% des attaques).
Au total, 966 marins ont été victimes d’attaques en 2012, tandis que le coût des marchandises volées par les pirates est estimé entre 34 et 101 millions de dollars US, toujours en 2012. Depuis le début de cette année, huit navires ont déjà été attaqués au large des côtes africaines en général, et 31 dans le Golfe de Guinée.
La zone est importante pour sa biodiversité, avec une population qui vit à 70% sur les côtes. Elle attise la convoitise du fait de ses ressources naturelles, notamment le pétrole et le gaz, sans oublier ses immenses ressources halieutiques. Les faits qui s’y déroulent de plus en plus sont la piraterie maritime avec des attaques en haute mer, détournements de navires, prises d’otages, demandes de rançon, trafics en tous genres (drogues, armes, etc.)
Un autre fléau non moins préoccupant est la pêche illicite. La menace à cet égard est représentée par ces grands chalutiers étrangers au continent dont les activités de pêche illicite, non réglementée et non déclarée ont des conséquences néfastes sur la pérennité des pêches (depuis les pêches industrielles en haute mer jusqu’aux pêches artisanales).
La Déclaration de Rome sur la pêche illicite, non déclarée et non réglementée de 2005 relève encore les graves conséquences de cette activité sur la conservation des ressources biologiques marines et de la biodiversité marine dans son ensemble, ainsi que sur les économies des pays en développement et sur leurs efforts visant à mettre en place une gestion durable des pêches…
Le golfe de Guinée est aussi devenu une plaque tournante du trafic de drogues dures, celles produites par les narcotrafiquants d’Amérique latine à l’intention des consommateurs des autres continents, notamment l’Amérique du Nord et l’Europe.
Les spécialistes pointent enfin les migrations clandestines ayant pour théâtre cette partie du monde et qui causent quasi quotidiennement la mort d’un nombre indéterminé de personnes en haute mer.
«Comment s’épanouir dans un pays si d’aventure nos eaux devenaient des lieux dangereux pour la libre circulation des hommes et des biens ? Comment nos villes seraient-elles en sécurité si les pirates y déversaient armes et drogues ? Comment naviguer dans le golfe de Guinée avec la crainte de se faire tuer ou d’être pris en otage ?» s’est interrogé le président camerounais, Paul Biya, à l’ouverture du sommet de Yaoundé.