Gerry Komandega Taama , candidat du NET à l’élection présidentielle du 15 Avril 2015 :” La victoire, c’est le peuple qui la donne …”

Gerry Taama bonjour ! Comment considérez-vous votre candidature à l’élection présidentielle du 15 Avril 2015, a-t-elle été voulue ou  imposée vu les circonstances qui prévalaient dans l’opposition ?
Bonjour à vous. Comment pouvez-vous nous poser une telle question alors que vous savez tous que depuis le 20 décembre 2014, nous avons officiellement annoncé notre participation à ce scrutin.
Par contre, il est évident que nous avions, lors de notre investiture, conditionné notre non-participation à l’existence d’une démarche unitaire concertée, crédible et inclusive de l’opposition. Ce qui ne s’est malheureusement pas passé. Donc, nous avons maintenu notre candidature faute de cette démarche unitaire.
Vous aviez été le chantre d’une candidature unique de l’opposition. Le fait que vous soyez quatre,  est-ce un échec personnel pour vous ?
Un échec personnel ? Non. Le 31 octobre j’ai officiellement décidé de soutenir M. Jean-Pierre Fabre. Pour des raisons qui m’échappent encore, il n’a plus voulu de ce soutien. Un parti politique ne vit pas d’allégeance, mais de conquête de l’électorat, donc, non, le NET est plutôt heureux d’être présent à un tel rendez-vous.

Peut-on jeter la pierre à quelqu’un ?
La responsabilité de l’échec de la démarche unitaire incombe à ceux qui, un jour au conclave de l’opposition, ont ouvertement dit qu’ils n’avaient pas besoin des autres partis pour battre Faure Gnassingbé. Je crois que le péché originel de la division de l’opposition vient de cette phrase qui a été assumée par tous les premiers dirigeants de ce parti. Le conclave n’a plus été le même après, et les démons de la division sont revenus.

Qui a tenu de tels propos ?
Ne me forcez pas à donner des noms. Ce genre de discours a souvent été tenu par les membres de ce parti dans les meeting officiels et interventions médiatiques. Retrouvez vos bandes.

Le vin étant tiré… quels sont les grands axes sur lesquels vous allez mettre l’accent pendant la campagne électorale ?
La rupture. La rupture. Voici plus de 50 ans qu’un régime régente ce pays sans beaucoup de succès, et voici 25 ans qu’une classe politique répète inlassablement les mêmes stratégies perdantes.
Il faut signifier la rupture et changer la façon de faire la politique. Nous allons introduire dans cette campagne les sujets de fonds, qu’occulte le débat politique dans notre pays. Les questions de développement, d’éducation, de santé, d’emploi, de développement durable, de protection sociale, de promotion du monde paysan, du tourisme….. Nous allons faire cette sensibilisation en nous rapprochant des populations. Comme vous le savez, nous sommes les chantres du porte à porte.

Concrètement, quelles sont vos propositions pour les secteurs de l’éducation, la santé qui sont en proie à des mouvements sociaux actuellement ?
Je dévoilerai mes propositions au moment venu, quand la campagne commencera. Il ne faut bien entendu pas se livrer trop tôt. Mais j’ai des propositions concrètes pour ces secteurs-là.

Comment jugez-vous le déroulement du processus électoral jusqu’en ce moment, notamment la révision des listes électorales, la fixation de la date des élections etc… ?
La fixation de la date nous a surpris, même si nous connaissons les délais constitutionnels. La CENI aurait du  nous envoyer un chronogramme plus tôt. A ce jour, nous ne connaissons pas la taille du collège électoral, ce n’est pas normal. Nous n’avons d’ailleurs aucun chronogramme. Nous savons juste que la campagne va commencer au moins 15 jours avant le 15 avril.
Pour le fichier électoral, nous attendons qu’il soit consolidé avant de le consulter. Si le fichier consolidé contient des anomalies, nous demanderons un audit immédiatement.

Si les réformes ne sont pas faites, est-ce juste que vous participiez  à cette élection ?
C’est un faux problème que de lier les réformes à la victoire de l’opposition. La victoire, c’est le peuple qui la donne et il faut aller sur le terrain. En 1993 et 1998, nous sommes allés à des élections avec la constitution de 92 et Eyadema a gagné les élections (avec les fraudes qu’on sait) . Cette constitution n’a pas réussi à protéger la victoire de l’opposition. Aujourd’hui, le code électoral a beaucoup évolué et les choses ne sont plus ainsi.
Il nous faut faire des réformes pour assurer notre cohésion sociale et renforcer notre démocratie. Sans les réformes, il faut simplement considérer le seul tour comme le second tour d’un scrutin à deux tours. Dans ce cas, la démarche unitaire est obligatoire. Allez demander à ceux qui font de l’exclusion une tradition pourquoi ils y vont sans les réformes, eux qui ont clamé longtemps que sans les réformes, pas d’élection.
Pour notre part, nous restons dans une logique d’adresse directe aux populations pour la victoire de notre parti. Et il est possible que cette victoire se fasse étape par étape.

Sérieusement, est-ce une candidature pour prendre date et mesurez votre popularité ou réellement pour que vous deveniez Président de la République ?
Vous n’allez pas tomber vous aussi dans le travers de ceux qui traitent nos candidatures de haut. La population togolaise est faite de 60% de jeunes, et de 60% de pauvres. Dans cette configuration, il est difficile d’imaginer cette majorité voter pour ceux qui sont responsables de sa misère. Je suis jeune, j’ai des propositions pour sortir ce pays de la misère. J’ai mes chances.

Les partis qui appellent au boycott,  parce que les réformes n’ayant pas été faites, ont-ils tort ?
Oui, entièrement. Si 2 % de l’électorat choisit un des candidats le soir du 15 avril, celui-ci sera le président des 98% qui n’ont pas voté. Donc il faut dire non au boycott et voter pour le candidat de son choix.
En plus de la victoire éventuelle d’un des candidats, les chiffres aussi vont compter.

Quelles sont vos chances  pour qu’au soir du 15 Avril, vous soyez le Président de la République Togolaise.
J’ai toutes mes chances. C’est la première fois que je vais à une élection de niveau national. La situation dans le pays est insolite. Le choix des Togolais sera insolite aussi.

Faure Gnassingbé a un bilan à défendre. En tant que challenger, que diriez vous pour le confondre auprès des populations et des électeurs ?
Attendez le début de la campagne. Je ne vais pas brûler toutes les munitions. Mais je me résume à une phrase. Est-ce que les Togolais dans leur majorité sentent les effets de cette croissance dont on nous vente tant les bienfaits dans leur vie quotidienne. S’ils le sentent, qu’ils votent alors pour Faure Gnassingbé.
S’ils ont l’impression que le gouffre entre les riches et les pauvres s’agrandit de jour en jour, sans que l’opposition traditionnelle ne propose rien en retour, qu’ils se tournent vers moi.

Qu’avez-vous à dire au Peuple Togolais à la veille de cette élection?
Que la culture de la paix et de la tolérance habitent tous les cœurs. Les Elections vont passer, mais le Togo et les Togolais resteront. Préservons notre unité et notre cohésion.
Gerry Taama, Merci et bonne Chance !
Interview réalisé par Ali SAMBA